Jorge Francisco Isidoro Luis Borges, né à Buenos Aires, en Argentine, le 24 août 1899 et mort à Genève, en Suisse, le 14 juin 1986. Nouvelliste, essayiste, poète, traducteur et professeur de littérature anglaise, il est devenu l’un des écrivains les plus emblématiques d’Amérique latine et du monde.

Borges fit ses études à Genève et en Angleterre. De 1919 à 1921, il s’installe en Espagne, avant de retourner dans son Argentine natale. Il participe à plusieurs revues littéraires, nationales comme étrangères, pour la plupart françaises et espagnoles. En 1923, il publie Fervor de Buenos Aires, son premier recueil de poèmes. En 1935 paraît un recueil de récits brefs qu’il intitulera Histoire universelle de l’infamie.

Dans les années 1930, sa renommée grandit en Argentine et, entre 1940 et 1977, il publiera en collaboration avec Adolfo Bioy Casares (Buenos Aires, 1914‑1999), lui aussi lauréat du prix Cervantes de littérature en 1990. Ensemble, ils écrivirent des contes, des traductions, des scénarios de cinéma, des anthologies, une quasi‑roman et l’extraordinaire Anthologie de la littérature fantastique.

Son écrivain préféré était Robert Louis Stevenson (1850‑1894), qu’il décrivait ainsi.  » Stevenson est l’une des figures les plus attachantes et les plus héroïques de la littérature anglaise. « 

En Argentine, il traduira des auteurs comme Virginia Woolf, Henri Michaux, William Faulkner, Franz Kafka, Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Hermann Hesse, Rudyard Kipling, Jack London et André Gide, travaillant sur des textes en anglais, en français et en allemand.

En chiffres, l’œuvre de Borges comprend 8 ouvrages de fiction narrative, 15 recueils de poésie, 21 ouvrages d’essais et des centaines d’articles en plusieurs langues. Ses trois œuvres les plus marquantes sont Fictions, livre de contes paru en 1944, L’Aleph, publié en 1944 dans la revue littéraire Sur puis en 1949 aux éditions Losada, considéré comme son livre le plus lu, avec ses histoires magiques et philosophiques, et Le Livre de sable, publié en 1975, des contes réunis dans un livre infini, sans commencement ni fin.

L’œuvre de Borges mêle magistralement la précision formelle et l’invention métaphysique, l’érudition et l’énigme, la réflexion philosophique et la fable. Dans ses récits reviennent très souvent des thèmes comme l’identité, le destin, le langage et le temps, maniés avec maestria par l’auteur de L’Aleph.

Selon les spécialistes de son œuvre, Borges crée dans ses récits un univers littéraire qui ne cherche pas à expliquer la réalité, mais à l’interroger. Bibliothèques infinies, labyrinthes, tigres et rêves comptent parmi les éléments qui composent ce monde unique, où la logique et la fantaisie s’entrelacent.

Pour l’écrivain mexicain Octavio Paz, prix Nobel de littérature en 1990, les contes de Borges tournaient presque toujours autour d’un axe métaphysique, le doute rationnel quant à la réalité de ce que nous appelons réalité. L’auteur du Labyrinthe de la solitude (1950) déclara que  » son doute fut créateur et suscita l’apparition d’autres mondes « . Il écrivit  » avec humour, sobriété, acuité et, soudain, un trait insolite. Personne n’avait écrit ainsi en espagnol… le grand exploit de Borges fut de dire le plus avec le moins « .

Il fut nommé à plusieurs reprises au prix Nobel de littérature, mais n’obtint jamais cette récompense plus que méritée. Borges soutint qu’elle lui fut refusée pour des raisons politiques. L’Académie suédoise allégua que son art était          » trop exclusif ou artificiel  » et jugeait son écriture trop élitiste.

QUATRE DÉCENNIES SANS L'ÉCRIVAIN ARGENTIN JORGE LUIS BORGES

Borges reçut de nombreux prix, dont le prix national de littérature (Argentine, 1956), le prix Formentor (Espagne, 1961), celui du Fonds national des arts (Argentine, 1963), le prix de poésie (Italie, 1965), le prix Jérusalem (Israël, 1971), le prix Alfonso Reyes (Mexique, 1973), le prix Miguel de Cervantes (Espagne, 1979) et le prix Balzan (Italie, 1981). Il fut décoré en Grande‑Bretagne, au Pérou, en Italie, au Chili, en France, en Allemagne, en Islande et en Espagne, et reçut des doctorats honoris causa d’universités des États‑Unis, d’Angleterre, du Chili, de France et de Colombie.

Jorge Luis Borges s’éteint à Genève, en Suisse, le 14 juin 1986. Dans une lettre rendue publique le 21 mai 1986, quelques semaines avant sa mort, adressée au président de l’agence de presse espagnole EFE, Ricardo Utrilla, il écrit ce qui suit.

 » Je suis un homme libre. J’ai résolu de rester à Genève, parce que Genève correspond aux années les plus heureuses de ma vie. Mon Buenos Aires reste celui des guitares, des milongas, des citernes, des patios. Rien de tout cela n’existe plus. C’est une grande ville comme tant d’autres « , affirmait Borges dans cette lettre.

Jorge Luis Borges se maria deux fois, avec Elsa Helena Astete Millán en 1967, dont il se sépara en 1970, puis avec sa secrétaire, collaboratrice et compagne littéraire, María Kodama, en 1986. Borges n’eut pas de descendance, mais l’écrivain argentin Diego Paszkowski (Buenos Aires, 7 février 1966) déclara un jour que  » tous les écrivains argentins sont les fils de Borges « .

Nul doute que l’écrivain argentin, universellement reconnu pour son œuvre, se trouve dans son paradis, savourant une bonne lecture.

Jorge Luis Borges a dit un jour,  » j’ai toujours imaginé que le Paradis serait une sorte de bibliothèque « .

Cette citation naquit lorsqu’en 1955 il fut nommé directeur de la Bibliothèque nationale de la République argentine, poste qu’il occupa pendant 18 ans, l’année même où Jorge Luis Borges devint aveugle.

 » Peu à peu, je pris conscience de l’étrange ironie des événements. J’avais toujours imaginé le Paradis comme une bibliothèque. D’autres pensent à un jardin ou à un palais.

J’étais là, au centre, en quelque sorte, de 900 000 livres en plusieurs langues, mais je me rendis compte que je pouvais à peine distinguer les titres et les dos.

J’écrivis le Poème des dons, qui commence ainsi.

Que nul ne lise ici apitoiement ni reproche.

Dans cette déclaration de la majesté

De Dieu, qui avec une si splendide ironie

M’accorda les livres et la nuit d’un même coup. « 

Je partage ici un poème de ma plume, en hommage au magistral Jorge Luis Borges.

QUATRE DÉCENNIES SANS L'ÉCRIVAIN ARGENTIN JORGE LUIS BORGES

BORGES À BAIRES*

Le fantôme de Borges

est présent dans la ville.

Il semble parfois surgir

de la brume qui monte du Riachuelo

et naviguer parmi les labyrinthes urbains

entouré de naufragés de l’asphalte

sauvés dans ses œuvres.

 

On l’a vu,

sur sa chère Plaza San Martín,

parmi des arbres gigantesques.

Il marche d’un pas ferme,

élégamment appuyé

sur sa canne chinoise en bambou,

cadeau de Kodama,

venue du Chinatown de New York City,

qui inspira un poème.

 

Tu prends le chemin du Tortoni**,

là, ta table t’attend,

et un café chaud, fumant et amer,

tu savoures la vie.

 

Avec ta palette de lettres

tu as peint la ville de poésie,

entre soleils et lunes du Sud.

Pendant ce temps, quelqu’un siffle un tango,

résidus de nostalgie

qui cicatrisent le temps.

 

Tu finiras aujourd’hui dans ta rue,

à la librairie Borges 1975,

le paradis de papier annoncé.

Les rues de la ville sont tes entrailles.

Ferveur de Buenos Aires.

 

*Baires, nom familier de Buenos Aires, capitale de la République argentine.

**Tortoni, café emblématique de Buenos Aires, fondé en 1858. Borges en était un habitué. Dans le salon principal se trouve une statue de cire grandeur nature le représentant, sa canne chinoise en bambou entre les mains.

Sources photos : 1) Eduardo Comesaña 2) Gorkaazk 3) Grete Stern

Washington Daniel Gorosito Pérez

Washington Daniel Gorosito Pérez

Journaliste, écrivain, enseignant et sociologue

Traduit de l’espagnol par Lucien Février