Diversité et miel de palmier sur scène
· L’ambassade du Paraguay et l’UNESCO présentent en Europe un
duo extraordinaire
· Culture et identité s’allient pour un résultat original avec des titres
tels que « Desapego », « Amores pasajeros » et « Soles en la luna »

Alors que nous attendions pour entrer dans la loge de la salle de fêtes La Marbrerie, à Montreuil, commune adjacente à Paris, on nous a offert un dessert paraguayen : un mélange d’arachides avec du miel de palme, aussi doux et réconfortant que le spectacle que nous venions de voir. C’est là que nous avons appris que Purahei signifie « chant » en guarani, langue parlée également dans le nord de l’Argentine, en Uruguay et au Brésil, « parce que là-bas les frontières n’existent pas », dit Miguel.

Beaucoup de Paraguayens, mais aussi beaucoup de Français, près d’une centaine de personnes, applaudissaient chaleureusement le Duo Purahei Soul, formé par Jennifer Hicks (voix) et Miguel Narváez (voix et guitare). Ce duo présenté récemment en France peut se définir, en quelques mots, comme un extraordinaire mélange de musiques, de langues et de compositions d’égale originalité. La danse, la joie communicative, la relation avec le public et la grâce naturelle de ces deux grands protagonistes sont sans aucun doute les clés de leur succès.

Les Purahei Soul se sont formés il y a treize ans et ont conquis peu à peu le cœur de leurs compatriotes ainsi que celui de terres lointaines. Miguel venait d’une expérience à New York, et Jenny avait tenté l’aventure en solo à Paris, où elle a connu les clairs-obscurs de l’émigration. Ils ont recommencé ensemble et n’ont plus eu besoin d’émigrer. Ils ne font que voyager ou enregistrer avec des artistes d’autres pays du monde, notamment d’Amérique latine, parmi lesquels Teresa Parodi, symbole du chamâmé et du folklore argentin, et Sandra Mihanovich.

Le talentueux duo paraguayen a débuté à Madrid sa tournée européenne 2026 avec une proposition de musique paraguayenne qui introduit des sons contemporains et des paroles en guarani, en espagnol et en anglais : « une véritable fierté nationale qui continue de faire résonner notre identité dans le monde », dit-on de lui sur la terre latino-américaine.

Leurs spectacles peuvent réserver des surprises, avec des invités qui dansent, chantent ou jouent d’un autre instrument, « les frères de l’art », comme les a définis Jenny. En cette occasion, le talent et l’accordéon d’Ana Villamayor, qui vit à Paris depuis 17 ans, se sont joints à l’aventure, et ont reçu un bel accueil du public.

« Purahei Soul » (Chant de l’âme), le mélange parfait
« Purahei Soul » (Chant de l’âme), le mélange parfait

Initiative de l’Ambassade du Paraguay en France et de l’UNESCO

La venue des Purahei Soul à Paris a bénéficié du soutien du service culturel de l’Ambassade du Paraguay en France, accréditée également auprès de la Principauté de Monaco, du Royaume de Suède et de la Confédération suisse, dont le siège est situé dans l’emblématique quartier de Saint-Germain, près de la célèbre Maison de l’Amérique latine. Cette visite s’inscrit dans le cadre des célébrations de l’indépendance du Paraguay de 1811 et d’un nouvel anniversaire de l’ouverture des relations entre la France et le Paraguay (il y a 173 ans).

La Délégation permanente de l’UNESCO dans le pays sud-américain a également contribué à faire venir en Europe l’un des groupes qui rencontre un grand succès au Paraguay et qui a décidé de créer un style propre, sans oublier la musique traditionnelle, mais en lui insufflant une nouvelle vie riche. Ce voyage européen du duo a débuté en Espagne, également avec le soutien de l’Ambassade du Paraguay.

La présentation a réuni les ambassadrices du Paraguay en France, Cynthia María Filártiga Lacroix, et de la Délégation du Paraguay auprès de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Nancy Ovelar de Gorostiaga.

Étaient également présents, au nom de l’Ambassade du Paraguay en France, le Ministre Santiago Daniel Sánchez, la Première Secrétaire Sofía Antonella Méndez, le Deuxième Secrétaire Ramón Alfredo Blacttler Vera et l’Officielle Nadia Viviana Salinas. Du côté de la Délégation du Paraguay auprès de l’UNESCO, se trouvaient le Conseiller Jorge Díaz, le Premier Secrétaire Alexis Cáceres et les Officielles Linda Ríos et Arantxa Flores. Ainsi que le président du SENACSA (Service national de la qualité et de la santé animale), le Docteur José Carlos Martín Camperchioli et sa délégation. L’événement a bénéficié du soutien technique de Costanza Caligaris.

« Purahei Soul » (Chant de l’âme), le mélange parfait

L’originalité au cœur des chansons de Purahei

« Nous sommes un groupe qui fait de la musique du Paraguay, et nous composons des chansons de racine (notre langue guarani est parlée par plus de 85 % de la population) en flirtant avec les sonorits de purahei (chant), soul (âme, en anglais), jazz et blues. »

Purahei chante la diversité, l’égalité homme-femme et l’inclusion : « Le nouveau répertoire parle davantage de l’actualité, c’est pourquoi lors des recrutements nous donnons la priorité aux femmes. » Le duo se considère comme une entreprise presque familiale, dans laquelle Jenny gère les chiffres et le quotidien, tandis que Miguel se concentre davantage sur la composition. « L’important est de continuer avec un projet propre face à l’industrie musicale et de bâtir une structure qui nous permette d’avancer dans une culture en permanente transformation. »

En plus de parcourir d’autres pays, ils ont reçu le titre de « Marque pays », une reconnaissance de leur identité et de leur capacité à représenter le Paraguay sur le plan culturel. Ils font également partie du projet Les chemins de la guarania, un espace de réflexion et de développement culturel situé dans la maison de José Asunción Flores, où ils ont commencé, répété et enregistré leurs premiers disques. Un mouvement au fort ancrage social, de musique par et pour le peuple.

Sur scène, voix, guitare, tissages, danses et échanges avec le public

Le duo ne peut nier sa créativité, qui s’exprime non seulement dans les sonorits, mais aussi dans leur style propre et dans une garde-robe unisexe. Jenny et Miguel portent les mêmes tenues, indifféremment, selon l’humeur du moment : pantalon rouge, poncho paraguayen ou chemises brodées ou imprimées, amples ou cinétrées, de toutes les couleurs. De partout, mais toujours avec l’ADN du Paraguay. Des créations toujours inattendues et d’une grande beauté.

Tout se combine et tout se met en mouvement dans une atmosphère positive, où l’on veut changer le monde, mais doucement, en sachant que ce n’est pas toujours possible. Sans perdre la capacité d’en profiter.

C’est peut-être pour cela qu’il y a un avant et un après la pandémie, car de la peur et de la tristesse « beaucoup de choses ont éclors », disent ces poètes, qui se partagent le travail entre le jour et la nuit, et parce que « pour la musique, il faut une identité et un lieu d’enracinement », disent-ils à l’unisson.

 Patricia Almirón Cairoli

Patricia Almirón Cairoli

Journaliste

Traduit de l’espagnol par Lucien Février