Marcos Temoche est un artiste vénézuélo-péruvien basé à Lima. Il a été l’un des premiers graffeurs de la ville avec d’autres artistes reconnus de la scène péruvienne. Le terme d’artiste visuel résume bien la carrière de Marcos. C’est un artiste multidisciplinaire : il crée des vidéos d’art, il peint, il fait des interventions dans l’espace public, etc. Il est en constante exploration de nouvelles techniques ou thématiques et les intègre dans son art.
Il a déménagé au Pérou à l’âge de 4 ans, puis il est retourné au Venezuela pour poursuivre ses études universitaires, mais à cause de la crise politique, il a été contraint de retourner au Pérou. On pourrait dire que Marcos fait l’expérience de ce qu’est le sentiment d’être péruvien et vénézuélien et comment il est perçu comme un étranger dans son propre pays. Cette recherche d’identité que vit le migrant, mais aussi le local, dans un pays où les changements politiques et sociaux sont constants.
Migrant entre le Venezuela et le Pérou, Marcos Temoche a traduit sa propre quête d’identité avec l’art. « Le bon côté de l’art est que vous vous connectez à tout : la philosophie, la politique, la sociologie… ». Son travail est sans aucun doute politique. La vraie question est : Qu’est-ce qui n’est pas politique ? Son œuvre « Anywhere » qui consiste à installer des tentes dans les rues d’Antofagasta, a suscité beaucoup de polémiques.
Les photographies de cette intervention montrent les chaussures des personnes qui sortent des tentes. Dans le contexte de la fermeture des frontières du Pérou et du Chili, 500 migrants vénézuéliens se sont retrouvés pris au piège dans le désert. Les seules choses qui les aidaient et les protégeaient du climat aride étaient leurs tentes et les organisations comme la Croix-Rouge. Grâce à l’aide d’autres artistes, il a pu intervenir dans divers espaces de la ville, comme devant le bureau des migrations. Cela a provoqué un grand tapage dans les médias qui ont fait le parallèle avec la situation migratoire au Chili.
Installation « Anywhere »
« Faire de l’art n’est pas la même chose que vivre de l’art ». Cela requiert beaucoup d’efforts et trouver son propre langage. « L’art est une discipline comme le sport ». C’est précisément cette discipline et l’originalité de son travail qui lui ont valu de nombreuses expositions dans des pays tels que le Venezuela, la Colombie, les États-Unis et même l’Europe.
Il a récemment été informé qu’une de ses œuvres avait été sélectionnée pour faire partie de la collection permanente du musée Reina Sofia à Madrid. Il s’agit de sa dernière création réalisée au Venezuela en 2015, avant qu’il ne soit contraint de quitter le pays. Elle montre l’image de Bolívar sur son cheval hissant un drapeau. Cette image est une peinture au pochoir sur des pneus.
Peinture au pochoir sur des pneus
Marcos Temoche a créé une vidéo dans laquelle on voit un jeune homme démonter littéralement l’œuvre. Marcos lui a demandé de retirer les pneus, comme il l’entendait, pendant que l’artiste le filmait. En voyant la scène de destruction de l’installation, les passants se sont offusqués et ont crié pour qu’il arrête.
Cette œuvre, comme toutes les autres, est symbolique. Les pneus fabriqués avec du pétrole représentent la richesse et la perte du Venezuela. La désintégration de l’œuvre peut représenter celle du Venezuela aux mains de Nicolas Maduro : « La destruction de l’identité et de nos symboles, c’est ce que le régime fait pour nous briser ».
Le travail de l’artiste continuera à explorer l’identité dans différents pays d’Amérique latine, une identité compliquée et unique, surprenante et étrange.
Marcos Temoche

Nayra Palacios Miquel
Étudiante péruvienne en licence de Sciences politiques et à l’Académie de l’ESJ
Traduction : Claudia Oudet