L’association HispaniENSes, qui rassemble des passionnés du monde hispanique, a pour but de favoriser les échanges culturels et organise chaque année les Journées Hispaniques à l’École normale supérieure d’Ulm.

Au cours de la semaine du 17 au 25 octobre 2025, des événements ont été consacrés à l’espace caribéen, suivant la thématique culturelle : « Caraïbe : dire, chanter, enchanter ». Nicolás Guillén, poète cubain célébrant la beauté des paysages guadeloupéens :

« Dans le port, la mer se couche. L’air brûle les palmiers… Je crie : “Guadeloupe !”, mais personne ne répond. »

Pour que ces voix soient entendues, nous avons organisé un concours pour valoriser les regards sensibles sur ces îles et créer un dialogue entre image et littérature. Les participants étaient invités à transmettre une photo personnelle (paysage, scène de vie, portrait, lieu symbolique, etc.) de la Caraïbe, accompagnée d’une citation d’un auteur du pays sélectionné, qui, selon vous, représente l’esprit ou l’imaginaire de cet espace.

Les photos des gagnants ont été exposées dans le hall d’entrée de l’ENS au cours de cette semaine culturelle.

Nous tenons de nouveau à remercier l’ensemble des participants et à féliciter les gagnants.

Paysage au coucher du soleil

Premier prix : Darrel Pivetal – Un coucher rayonnant – Guadeloupe

« La Guadeloupe est une terre d’embruns et de feu, où la beauté s’invente à chaque lever de soleil. »

Pays mêlé –  Maryse CONDÉ.

J’ai choisi cette citation car elle exprime tout ce qui est de typique dans la Caraïbe comme l’embrun qui représente la mer, le feu qui représente la chaleur des Caraïbes, les volcans ou encore les couchers et levers de soleil. Pour finir, la beauté se réinvente à chaque lever de soleil car chaque jour le paysage change de couleur et que par le climat tropical présent, tout change en un rien de temps.

Image d'un bateau sur une plage

Deuxième prix : Cassandre Kuhn – Mémoire échouée – Guadeloupe

 « Le pays dépend bien souvent du cœur de l’homme ; il est minuscule si le cœur est petit et immense si le cœur est grand. Je n’ai jamais souffert de l’exiguïté de mon pays… si on m’en donnait le pouvoir, c’est ici même, en Guadeloupe, que je choisirais de renaître, souffrir et mourir. »

Pluie et vent sur Télumée Miracle (1972) – Simone Schwarz-Bart

Cette citation reflète le lien profond et revendicatif à l’île, l’idée que la Guadeloupe peut être à la fois humble et immense, et surtout que ce territoire est porteur de vie, d’épreuves et de renaissance, tout comme cette petite barque humble plantée dans l’herbe d’un jardin tropical. La barque, échouée sur la terre, rappelle la fragilité des territoires insulaires et la notion de « petit pays ». Le contexte tropical avec un bananier et une forêt dense renforce un sentiment d’enracinement puissant, de lien naturel et viscéral avec la terre. Le paradoxe entre isolement (la barque hors de l’eau) et beauté sauvage fait écho à une fierté revendicatrice, à la souveraineté de l’identité.

Image de la mer des Caraïbes

Troisième prix : Sébastien Malaprade – Más allá del Malecón (Au-delà du Malecón)  – Cuba

«La situation dans cette maison était vraiment insupportable. C’était une maison absolument folle dans laquelle on ouvrait un tiroir pour sortir une serviette et ce qui sortait à sa place était un chat en train de hurler; quelques chats se jetaient par le balcon, peut-être en essayant de se suicider, mais Elia ne les laissait pas mourir; Il descendait en courant et faisait un énorme bouillonnement et la ramenait à la maison. Tous les chats errants, Elia les ramassait et les mettait dans la maison; ils sont devenus plus de cinquante. La seule bonne chose était que je pouvais voir la mer; la voir, parce qu’on ne pouvait plus y aller. Sur ordre du gouvernement, seuls les travailleurs syndiqués autorisés pouvaient se rendre à la plage et devaient payer une cotisation mensuelle au syndicat. Par ailleurs, ces travailleurs ne pouvaient pas non plus visiter la plage qu’ils souhaitaient, mais celle qui appartenait à leur syndicat. Pour les diviser, ils avaient fait d’énormes murs qui allaient jusqu’à la mer; la bureaucratie avait aussi atteint la mer. Moi qui n’avais pas de travail, je ne pouvais même pas m’approcher de ces plages et tout ce que je pouvais faire était de m’asseoir face à la mer sur le Malecón».

Reinaldo Arenas, Avant la tombée de la nuit, 1998, chap. «Dans la rue».»

Image d'un village à travers une fenêtre

Quatrième prix : Elias S. Demang – Más montes que hombres (Davantage de montagnes que d’hommes) – Cuba

« Rares sont ces hommes, à l’instar des montagnes, capables d’élever le regard depuis leurs cimes, et de ressentir dans leurs entrailles le destin d’une nation, ou de l’humanité. »

(José Martí, Lettre à Federico Henríquez y Carvajal, Montecristi, 25 mars 1895, Correspondance, Tome 5, page 117)

Cette citation est apposée sur le buste de Martí qui couronne le sommet le plus haut de Cuba (Pico Real de Turquino) et à la manière d’un phare dans l’obscurité, elle rappelle à des générations de Cubains la valeur de la fraternité, la lutte et l’indépendance pour faire patrie ensemble.

Image d'une montagne avec des nuages

Cinquième prix – Louise Rougerie – Une matinée embrumée, parfaite pour penser – Guadeloupe

«Il y a trois questions qu’un homme digne de ce nom doit se poser : d’où est-ce que je viens ? Qu’est-ce que je fais sur cette terre ? Où est-ce que je vais ?»

L’Évangile du nouveau mondeMaryse Condé

Pour moi, cette citation est en parfait accord avec les sensations de la photo. De plus, elle représente complètement les questions que les habitants de la Caraïbes peuvent se poser sur leur place par rapport au reste du monde, en accord avec l’histoire.

Image d'une maison vue depuis le premier étage

Cinquième prix ex-æquo : CARON Caroline – La Habana se escribe en la Bodeguita (La Havane se raconte à la Bodeguita) – Cuba

«Mon mojito à La Bodeguita, mon daïquiri à El Floridita.»

Ernest Hemingway (1954)

J’ai choisi cette citation d’Ernest Hemingway, même s’il n’est pas cubain, parce qu’elle incarne l’esprit de La Havane et son lien avec la culture, la littérature et la vie sociale de la ville. Hemingway a passé une grande partie de sa vie à Cuba et est devenu un symbole international de La Havane, en particulier grâce à des lieux emblématiques tels que La Bodeguita del Medio et El Floridita.

Sa phrase reflète non seulement son affection personnelle pour ces lieux, mais aussi la façon dont la ville inspire des expériences culturelles uniques, la créativité et les rencontres avec l’art et l’histoire. Pour mes élèves (présents sur la photo, au dos), ce rendez-vous sert de pont entre la littérature, la musique, la gastronomie et le patrimoine cubain, montrant comment un voyageur peut découvrir l’essence d’une ville à travers ses coins les plus emblématiques.

Enide FANCHONE

Enide FANCHONE

Étudiante à l'ENS (École Normale Supérieure)