Beaucoup d’étrangers ont été captivés par le Mexique. Ils se sont enfoncés dans le territoire dans le seul but d’être progressivement envoûtés par le paysage, les villages et la culture, les histoires, les coutumes et les pratiques ancestrales. Certains écrivains ont laissé une trace mémorable de leur passage par ce lieu paradigmatique de notre monde.

Trois « petits chevaux » de mezcal, de Malcolm Lowry

Mon amour, ne m’attend pas pour dîner (© Máximo Cerdio)

Apparemment perdu dans la dimension sans retour qu’est l’écriture, Malcolm Lowry a trouvé le cadre symbolique parfait pour sa nouvelle Bajo el volcán [Sous le volcan] en Quauhnahuac. Le terme « Náhuatl » qui signifie « Lieu près des arbres », et aussi, dans une acception plus ésotérique, « Là où chantent les aigles ».

« Il est situé bien au sud du Tropique du Cancer ; sur le dix-neuvième parallèle pour être exact. Presque à la même latitude à laquelle se trouvent, à l’ouest, dans le Pacifique, les îles Revillagigedo, ou, beaucoup plus à l’ouest, l’extrême méridional de Hawaï ; à l’est, le port de Tzucox, sur le littoral Atlantique du Yucatán, près de la frontière avec le Honduras Britannique, ou, beaucoup plus à l’est, en Inde, la ville de Yuggernaut, dans la baie du Bengale », comme il le dit lui-même.

Tout a commencé vers l’heure du crépuscule, le Jour des Morts du 2 novembre 1939 alors que, après un match de tennis dans le vieux Casino de la Selva, deux amis du Consul britannique Geoffrey Firmin se remémoraient les détails de sa mort, qui avait eu lieu exactement un an plus tôt. « La maladie n’affecte pas que le corps, mais aussi cette partie qu’on avait l’habitude d’appeler l’âme. Comme je plains son ami ! Dépenser son argent sur terre dans ces tragédies incessantes ! »

L’auteur anglais Malcolm Lowry a pris huit années pour mettre un point final à sa nouvelle Bajo el volcán. Elle est née d’un conte qu’il avait écrit, probablement lors de sa première visite à Cuernavaca, en 1936, et s’est progressivement transformée en champ de bataille pour toutes les forces symboliques et phénoménologiques d’un homme qui découvre, à l’image de Dante avant qu’il ne rencontre le poète Virgile, l’entrée des enfers, par un après-midi, alors qu’il est perdu dans une sombre et dense jungle.

Geoffrey Firmin, anglais dipsomane affecté par le souvenir de la guerre (cette autre ivresse du monde) commence sa vertigineuse descente dans le Mictlán : Le royaume des morts, pour ne savoir pas vivre et ne savoir pas aimer ; dans ce lieu où il s’était réfugié, dominé par la stèle de la pipe toujours fumante du volcan Popocatepetl, gardien éternel du sommeil congelé de sa bien aimée Iztaccihuatl, l’autre volcan qui domine aussi la vallée de la ville de Mexico.

Trois « petits chevaux » de mezcal, de Malcolm Lowry

Crâne fleuri (© Máximo Cerdio)

Bajo el volcán est une œuvre monumentale qui représente la tragédie humaine face à l’impossibilité de prendre soin du jardin qu’est la terre. Elle a pour toile de fond l’une des festivités les plus emblématiques du Mexique, le Jour des Morts. On a beaucoup écrit sur la fascination que provoquent, chez les autochtones et chez les étrangers, les manifestations culturelles des Mexicains et leur relation avec la mort. Une explosion de goûts et de couleurs qu’à laissées la saison des pluies, si les récoltes n’ont pas été noyées par les orages ; on retrouve de la cire et des cierges, des fleurs aux multiples aspects, textures et couleurs, des pâtisseries et des pains représentant des têtes de mort. De nombreuses boissons et des aliments sont déposés dans les cimetières en guise d’offrandes pour raviver le souvenir de ceux qui sont partis, pour leur offrir un peu de bonheur et de compagnie dans la solitude de la mort.

Le rituel qui s’étale sur trois jours pour honorer les morts est également accompagné du grondement de feux d’artifice qui, la nuit venue, illuminent le ciel, et le jour, éloignent les potentielles précipitations. À cause de ces artefacts de poudre, personne n’a pu entendre les tirs qui ont mis un terme aux jours du Consul, tombé sous les balles de la « police mexicaine » qui l’accusait d’être un espion, après qu’il se soit enivré de mezcal jusqu’à perdre tout contact avec la réalité.

Tragédie personnelle, mais aussi tragédie humaine, l’impossibilité de l’amour conduit au résultat catastrophique de la mort des deux amants éloignés qui essayèrent de rattraper le temps perdu, mais dont les vies avaient déjà été offertes à la géographie littéraire du Mexique.

RICARDO ARIZA

RICARDO ARIZA

Écrivain, journaliste et éditeur

RICARDO ARIZA (Cuernavaca, Morelos, 1973). Il a publié le recueil de poèmes El título es consecuencia del azar (Collection El Ala del Tigre, UNAM, 1996), mais aussi le livre Física de cuerpos ausentes (Collection La Hogaza /5. Instituto de Cultura de Morelos, 2009), et En donde la memoria arda, une anthologie personnelle (INBA, CONACULTA, Editions Eternos Malabares, 2013). Il a reçu une bourse du Fonds de l’État pour la Culture et les Arts (Fondo Estatal para la Cultura y las Artes) en 1997-1998 et du Fonds National pour la Culture et les Arts (Fondo Nacional para la Cultura y las Artes) en 2003-2004.