Ce mercredi 1er juillet 2026, le musée Grévin a inauguré en avant-première la statue de cire de Bad Bunny. Une œuvre du sculpteur Claus Velte, présentée par Yves Delhommeau, directeur du musée. Le Portoricain devient ainsi le premier chanteur latino à entrer au musée depuis sa création en 1882.

Neuf heures du matin, boulevard Montmartre. Le musée Grévin a choisi la discrétion d’une avant-première pour dévoiler sa dernière recrue. « Nous sommes très heureux de célébrer aujourd’hui l’arrivée d’un personnage emblématique » , lance Yves Delhommeau, directeur du musée Grévin, dans la salle remplie de pop stars. L’artiste, lui, n’a pu faire le déplacement, car il se produit le soir même à l’Orange Vélodrome de Marseille, avant deux concerts à Paris La Défense Arena, les 4 et 5 juillet. Le musée et son directeur transmettent ses remerciements et confient qu’il aurait aimé être là.

Bad Bunny immortalisé au musée Grévin

Bad Bunny parmi les plus grandes pop stars

La statue n’a pas été posée au hasard. On l’a installée au côté des plus grandes figures de la musique, entre Lady Gaga et David Bowie, dans une salle où des personnages de cire comme les frères Capuçon, Elton John et bien d’autres sont exposés. Un salon d’icônes où le roi moderne du reggaeton côtoie une reine de la pop et une légende du glam rock. À quelques pas veille Michael Jackson, à qui les fans du Portoricain aiment le comparer. Le rapprochement fait sourire le directeur. « C’est la magie de Grévin de pouvoir les réunir dans le même lieu », glisse-t-il.

La fierté du directeur

Yves Delhommeau prend le temps de présenter son invité. En quelques années seulement, rappelle-t-il, l’artiste portoricain s’est imposé comme l’une des plus grandes figures de la musique mondiale, et pas seulement sur le plan musical. Sur la scène culturelle, et parfois même politique, sa voix compte. Le directeur salue un artiste qui a révolutionné les musiques latines en mêlant reggaeton, rap, trap latino, salsa et plena, sans jamais renier ses racines. « Grâce à son authenticité, sa créativité et son engagement, il a conquis un public international tout en restant très attaché à son île », résume-t-il.

Bad Bunny immortalisé au musée Grévin
Bad Bunny immortalisé au musée Grévin

Le travail du sculpteur

Vient le tour du sculpteur, Claus Velte, que le directeur invite à saluer la salle. Sculpteur allemand installé en France de longue date, il compte parmi les trois artistes permanents de la maison. En une trentaine d’années, il a donné leur visage de cire à plus de cent cinquante personnalités, de Céline Dion à Omar Sy.

Toutefois cette fois-ci, le défi n’avait rien d’ordinaire car « Le travail n’a pas été facile, il a fallu travailler uniquement à partir de photos », reconnaît Delhommeau. Contrairement aux habitudes de la maison, Bad Bunny n’a jamais posé. Impossible, pour une star de cette envergure, de s’asseoir trois fois devant un artiste. Tout a donc été imaginé en volume, à partir de simples documents. De plus, il a fallu retrouver la couleur de peau ou encore l’implantation des cheveux et de la barbe où sur cette derbière, chaque poil a dû être méticuleusement posé. Les ateliers Grévin ont donc confectionné le costume et se sont appuyés sur un modèle vivant, Samuel Rousseau, pour reconstituer la silhouette. Le directeur tient à saluer ces équipes, présentes ce matin, qui ont relevé le pari d’un portrait fidèle sans jamais avoir eu le modèle en face d’elles.

Bad Bunny immortalisé au musée Grévin

Une statue pleine de symboles

Chaque détail de la mise en scène raconte quelque chose, et Yves Delhommeau prend plaisir à les décrypter. Les deux chaises en plastique blanc reprennent la pochette de l’album Debí Tirar Más Fotos, ce monobloc que l’on retrouve sur tous les balcons de l’île. « Ça évoque les moments de partage si caractéristiques de la vie portoricaine, les réunions de famille, les discussions entre voisins, les fêtes », détaille le directeur. Une manière de rappeler que, malgré le succès planétaire, l’artiste n’a jamais oublié d’où il vient.

Se cache aussi, dans le décor, un petit crapaud. Le sapo concho, crapaud huppé de Porto Rico, une espèce en danger d’extinction que Bad Bunny a hissée en symbole dans l’univers de son dernier album. Comme la célèbre grenouille coquí, dont le chant accompagne les nuits de l’île, il incarne la fierté, l’identité et le lien profond avec la terre. « En intégrant ce petit crapaud, nous rendons hommage à l’attachement de Bad Bunny à son pays et à sa culture, qu’il fait rayonner sur toutes les scènes du monde », insiste-t-il. À travers cette création, le musée met à l’honneur un ambassadeur de la culture portoricaine, dont la musique et l’engagement inspirent des millions de personnes.

Le premier chanteur latino de Grévin

« C’est le premier chanteur de musique latine et latino qui a l’honneur d’entrer au musée Grévin depuis sa création en 1882 », annonce le directeur. Un siècle et demi d’existence, des milliers de personnages, et jamais encore une voix venue d’Amérique latine. Le symbole est fort, à l’heure où le public du musée se diversifie et où les visiteurs venus du Mexique, de Porto Rico et des pays hispanophones se font de plus en plus nombreux boulevard Montmartre. Bien que Bad Bunny quitte la France au terme de ses concerts, son double de cire, lui, restera bien après son départ.

Bad Bunny immortalisé au musée Grévin

La question

A la fin de la présentation, nous avons pu rapidement poser une question au directeur et conférencier du jour sur l’importance d’ouvrir davantage Grévin aux figures du monde latino.

El Café Latino. Ma question dépasse Bad Bunny, elle touche à la dimension latino-américaine du musée. Ce type de statue, celle d’un chanteur engagé, serait-il à refaire à l’avenir avec d’autres artistes ?

Yves Delhommeau. On se pose beaucoup de questions aujourd’hui. Les demandes pour entrer à Grévin sont très diverses. Nous préférons des personnages sympathiques, qui portent un message plutôt positif.

El Café Latino. Donc ce serait à refaire ?

Yves Delhommeau. Oui, ce serait bien de le refaire. Et il faut que le monde latino soit plus présent au musée. Nous recevons de plus en plus de visiteurs d’Amérique latine, du Mexique, des pays hispanophones. Nous avons quelque chose à faire pour que ces personnalités soient mieux représentées.

El Café Latino. Un nom déjà en tête ?

Yves Delhommeau. Pas encore, mais vous m’y faites penser. Nous avons fait entrer Dany Laferrière, d’Haïti. La France entretient un lien fort avec Haïti. Sur le monde latino, nous allons y réfléchir.

El Café Latino. Un bon début, alors ?

Yves Delhommeau. Il va y avoir quelques surprises. Oui, un très bon début.

Crédits photos : Lucien Février pour El Café Latino

Lucien Fevrier

Lucien Fevrier

Etudiant Master 1 Sciences sociales, coopération et développement en Amérique latine / Latin American Studies à IHEAL/Sorbonne-Nouvelle