Claudia Oudet : Vous avez dit vous être inspiré des dessins animés de votre enfance, notamment de Disney, qui s’est lui-même inspiré de contes, d’histoires et de livres. Y a-t-il des auteurs qui vous ont inspiré pour le choix des animaux à la place de personnages humains ?

Pablo Berger : En fait, j’ai découvert le roman graphique Robot Dreams en 2010 et j’étais un grand collectionneur de BD sans paroles. Quand j’ai découvert ce livre, j’ai adoré le style, les dessins et l’humour qui se dégage de l’histoire et la fin m’a ému. J’ai réalisé Abracadabra et Blanche-Neige et huit ans après, j’ai ressorti le livre de mon étagère de collection et en fait la fin m’a vraiment bouleversé cette fois-ci, elle était fabuleuse ; c’est l’unique raison pour laquelle j’ai fait ce film, parce que je voulais partager cette fin avec tout le monde. Disney en effet j’ai pu dire que le premier film que j’ai vu était Blanche-Neige et j’ai réalisé un film sur le mythe de Blanche-Neige, il est certain que ce film a eu un grand impact sur moi.

Le choix d’utiliser un animal et un robot à la place de personnages humains, pourquoi ?

C’est vrai qu’à l’origine les personnages sont anthropomorphiques et c’est pour ça que j’ai opté pour l’animation. Les personnes qui viendront voir Mon Ami Robot, comme ils ne verront pas d’acteurs, ils vont pouvoir s’identifier rapidement. Les acteurs arrivent toujours avec leur passé, alors qu’avec un dessin très simple, fait de quatre lignes, le spectateur va pouvoir s’identifier et compléter en substituant Dog ou Robot ou d’autres personnages par des gens qui ont vécu autour d’eux; je pense que les dessins facilitent ces identifications. 

Pourquoi était-ce important pour vous de partager cette histoire avec le public ?

Le thème du livre en soi, c’est un thème qui m’intéressait déjà en tant que réalisateur d’images réelles, et c’est vraiment pour cette raison que j’ai fait le film. Mon Ami Robot parle de beaucoup de choses, mais surtout d’amitié, des relations et surtout de leur fragilité et le fait de pouvoir surmonter la perte d’un ami cher ou de quelqu’un d’autre à travers la mémoire et aussi cette deuxième chance que parfois la vie nous permet, mais aussi de la solitude des grandes villes et en tant que compteur d’histoires, ce sont ces thèmes-là qui me touchent que je voulais partager.

« Le cinéma est une forme d’expression populaire » : Entretien avec le réalisateur du film Mon Ami Robot , Pablo Berger

Lors des présentations à Cannes, à Annecy et autres villes dans sa tournée jusqu’à maintenant, le film a été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme et a reçu des prix. Comment est-il perçu en Amérique Latine?

Je ne suis pas encore allé en Amérique Latine mais je sais qu’il a été présenté au Festival de Mar del Plata en Argentine et je sais par des amis et les critiques que j’ai lues, tous étaient très positifs. Il a été présenté dans un autre festival, celui de Morelia au Mexique où malheureusement je n’ai pas pu aller, mais je sais que là aussi il a été bien reçu. En fait, je pense que ce film a une ambition universelle, parce que c’est une histoire simple et sans paroles auquel on peut s’identifier facilement et je sais qu’il va fonctionner comme il a fonctionné au Japon, par exemple, et tout le monde peut s’identifier à Dog ou à Robot.

En parlant de villes, savez-vous quelles sont les prochaines villes où sera présenté le film ?

Nous avons eu la chance que le film soit présenté à Cannes, au marché international et le film a été vendu dans le monde entier. Il a été présenté la semaine dernière en Espagne, les prochains pays seront la France, l’Angleterre, les États-Unis, sans doute toute l’Amérique latine et je l’accompagnerai, chaque fois que je le pourrai, pour faire la promotion, comme je le fais ici avec vous. Je pense que c’est aussi important que la production. Je ne fais pas des films pour moi, je les fais pour un large public et les films ont besoin de médias comme le vôtre pour que les gens sachent que le film sort dans les salles de cinéma et qu’ils peuvent aller le voir. C’est un film pour tous les publics, et pour moi, en tant que réalisateur-auteur, ça n’a rien de péjoratif, bien au contraire, c’est un film avec un thème fantastique, il a eu du succès à Cannes. A Annecy, il a été présenté au festival MON PREMIER FESTIVAL. Donc, c’est un film qui parle à un large public, et en tant que film d’expression populaire, il peut rassembler dans une même salle de cinéma des gens d’âges différents, de nationalités différentes, de niveaux sociaux et culturels différents.

Robot Dreams est votre premier film d’animation en collaboration avec José Luis Agreda. Avez-vous l’intention de faire appel à nouveau à son talent ?

Si je suis Dog, Lui est mon Robot. Il a commencé à travailler dès le début, depuis le storybooard, et pendant la production, il a même réalisé l’affiche du film ; ce fut une expérience merveilleuse : Jose Luis Agreda est l’un des plus grands illustrateurs espagnols, c’est un grand directeur artistique et il est devenu un très bon collaborateur et ami.

Claudia Oudet

Claudia Oudet

Photos : Wild Bunch Distribution