Rédigé par Ricardo Ariza 

Le maïs représente un apport fondamental des mexicains au reste du monde. Le poète Octavio Paz compare cette création avec la découverte du feu par l’Homme. Aliment divin, symbole d’identité, les civilisations méso-américaines sont indissociablement liées à la création du maïs; d’après la cosmovision précolombienne , les hommes ne sont pas nés de la boue, pas plus que la femme n’est sortie d’une côte, non, hommes et plantes ont grandi ensemble, ils sont frères, c’est la mère ou le père, le dieu généreux qui partage son corps, c’est aussi un mythe fondateur, mais, avant tout, c’est la diversité : il y en a des blancs, des noirs, des foncés, jaunes, rouges et tachetés, preuve évidente de la solidarité entre les peuples et de sa capacité à préserver la mémoire.Selon les anciens mexicains, hommes et femmes sommes faits de maïs, nous sommes des gens des milpas*, notre origine et notre destin sont liés à cette céréale qui, à travers les siècles, nous a nourris et a modelé notre culture. Cette plante, qui fait partie de la famille des téosintes, ne peut se développer toute seule, elle requiert l’intervention collective, la solidarité, l’héritage et le savoir d’innombrables générations de travailleurs et de travailleuses.

Le maïs est le symbole de la pluri-ethnicité des visages de cette terre, le grain est le catalyseur de la multiculturalité qui, encore aujourd’hui, est une richesse vivante ainsi qu’une source de fierté pour les nôtres, preuve en est la grande variété de grains existante et tous ceux qui, encore aujourd’hui, se trouvent en phase de transition.  La relation que le Mexique et l’Amérique ont eue avec cette plante sacrée acquiert aujourd’hui de nouvelles significations dans un monde post-industriel, où la consommation et la demande dépassent nos frontières géographiques.

 Les tzeltales, de la région montagneuse du Chiapas, disent que « c’est la graine avec laquelle tout commence et tout terminé ; c’est le début et la fin » . Approximativement 59 espèces et des centaines de variétés existent dans notre pays ; les graines sont aussi importantes que le langage , que les langues qui ont été conquises et exterminées ; préserver ce qui reste d’elles est l’affaire de tous, car c’est la richesse culturelle de la nation pour elle-même et pour la planète.

Aujourd’hui le débat académique est le suivant : la demande alimentaire au Mexique et dans le monde est-elle garantie?La consommation de cette céréale a augmenté, maintenant qu’elle est utilisée dans différentes branches de l’industrie et de l’élevage, ce qui a rehaussé sa valeur sociale. On peut observer, de manière générale, une chute de la mise en culture, la récolte, la production et la valeur totalede ce produit, considéré comme la base de l’alimentation mexicaine.

 La plus grande diversité du maïs créole est observée principalement dans l’État de Oaxaca, mais, actuellement, il n’y a pas un état de la république du Mexiqueil ne soit pas produit à plus-ou-moins grande échelle. « Il y a, bien souvent, beaucoup plus de variétés de maïs dans une seule localité au Mexique que dans tous les États-Unis », selon Edgar Anderson, chercheur nord-américain.

Cette graine a non seulement nourri d’innombrables générations, mais a aussi constitué sa propre cosmovision, la manière dont l’être et le collectif se sont confrontés au monde et à l’univers, au travers de plus de sept mille ans d’histoire de l’Amérique. Depuis les antiques civilisations olmèques, toltèques et teotihuacaines, quichuas, incas et mayas ; pendant la colonisation de l’Amérique, lors de l’indépendance, à la Révolution de 1910 et jusqu’à nos jours, comprendre l’importance du maïs est une affaire symbolique et stratégique en lien avec le thème de la souveraineté alimentaire, il est urgent de redonner de la valeur au travail des paysans et de reconnaître l’importance des champs et des fruits de la terre. Nier l’importance du maïs, c’est nier le mexicanisme même. Au-delà de l’étude ethnographique, l’on doit reconnaître et faire valoir la situation actuelle de la réserve génétique des grains originels, car le Mexique est le lieu de naissance, de domestication et de diversité de cette céréale.

Ricardo Ariza

Ricardo Ariza

Auteur de l'article