L’exploitation minière de métaux redevient légal au Salvador. Lundi 23 décembre, l’assemblée législative approuve une nouvelle loi générale sur l’exploitation minière, avec laquelle se réactive une industrie qui fut totalement interdite en 2017. Le président Nayib Bukele a salué cette initiative comme une réussite économique, affirmant que le pays possède certaines des plus grandes réserves d’or au monde.
Mais pendant que le gouvernement promeut cette nouvelle étape comme une nouvelle opportunité de développement, les organisations environnementales, les secteurs universitaire, religieux et communautaires alertent sur les graves conséquences que cette décision pourrait avoir sur l’environnement et la santé publique. La polémique est servie.
Nayib Bukele en 2023
Une loi avec une histoire
L’exploitation minière de métaux a été un sujet de débat national pendant plus d’une décennie. Dans la première moitié des années 2000, le Salvador a autorisé 28 permis d’exploitation minière, principalement dans le nord du pays. De toutes ces concessions, seulement une entreprise, la canadienne Pacific Rim Cayman, a demandé un permis d‘exploitation officiel. Le gouvernement l’a rejeté et l’entreprise à réagi en déposant une plainte devant le tribunal international. Le pays a remporté l’arbitrage international en 2016, ce qui a conduit à la loi historique de 2017, considérée comme la première au monde à interdir complètement l’extraction de métaux.
La lutte fut menée par les communautés touchées, comme celle du département de Cabanas, organisées sous l’association de développement économique et social (ADES) et la table nationale contre à l’exploitation minière (MNFM). Le mouvement anti-exploitation minière prend de l’ampleur avec l’appui de l’Eglise, des Universitaires, et des organisations internationales. Sa victoire a été considérée comme un exemple mondial de défense du droit à l’eau et à l’environnement, spécialement dans un pays où plusieurs écologistes ont été tués pendant le conflit avec Pacific Rim, des crimes toujours sans justice.
Pourquoi le retour à l’exploitation minière est-il tant controversé?
La situation géologique au Salvador joue un rôle central. Le pays se trouve sur la Ceinture de feu du Pacifique, une zone de haute activité sismique et volcanique qui abrite également de grands gisements minéraux. Cette richesse géologique suscite l’intérêt des entreprises étrangères, mais elle comporte aussi des risques environnementaux considérables.
Les experts avertissent que l’extraction de métaux et particulièrement de l’or, génère d’énormes quantités de déchets toxiques. Selon le spécialiste Andrew McKinley, il faut plus de 20 tonnes de roches pour obtenir suffisamment d’or pour une seule bague. 90% des opérations industrielles utilisent du cyanure, un composant chimique hautement toxique qui peut contaminer les sols, les fleuves, et les aquifères, même en petites quantités.
Dans un pays où près de 50% de la population souffre d’insécurité hydrique et plus de 1,3 millions de personnes n’ont pas un accès garanti à l’eau potable, les effets de l’exploitation minière pourraient être catastrophiques. Dans des zones comme San Isidro, où plus de 4 000 personnes dépendent des puits, la contamination des sources d’eau serait particulièrement critique.
Carte de la ceinture de feu
La voix des citoyens
Une enquête menée par l’Institut Universitaire de l’Opinion publique (IUDOP) de la UCA révèle que 59,2% des Salvadoriens considèrent que le pays n’est pas adapté pour une exploitation de minerais métalliques. L’Eglise catholique a été l’une des voix les plus fortes, soumettant 15 000 signatures à l’Assemblée législative pour exiger l’abrogation de la nouvelle loi. Dans une récente déclaration, il est demandé de reconsidérer la mesure, en raison des dommages occasionnés “aux personnes les plus vulnérables” et “aux nouvelles générations”.
Le secteur de la santé a aussi pris position, avertissant sur les conséquences du bien-être physique et mental des populations proches des sites d’extraction. Des jeunes, des étudiants et des organisations sociales ont organisé des manifestations comme celle du 9 février devant la Bibliothèque Nationale, dénonçant le manque de consultation citoyenne dans l’approbation de la loi.
Audience sur les Droits de l’Homme des personnes affectées par l’exploitation minière de métaux au Salvador
Un modèle économique questionné
La réouverture de l’exploitation minière au Salvador s’inscrit dans une logique économique répandue en Amérique Latine : l’extraction de ressources naturelles pour alimenter les investissements étrangers. Cependant, cette formule à été largement questionnée. La majorité des sociétés minières opèrent avec du capital canadien, britannique ou chinois, et laisse des avantages fiscaux minimes dans les pays où elles s’installent. Les profits sont concentrés dans les mains des entreprises pendant que les coûts sociaux et environnementaux retombent sur la population locale.
Dans ce contexte, la nouvelle loi générale minière salvadorienne représente un recul pour ceux qui ont lutté pour un modèle de développement plus durable et équitable. La tension entre la croissance économique et la protection de l’environnement revient au centre du débat national.
Le Salvador peut-il trouver un équilibre entre ses richesses naturelles et le bien-être de sa population ? Ou est-il condamné à répéter une histoire de pillage et de contamination déjà familière dans de nombreux recoins du continent ?

Nayra Palacios Miquel
Étudiante péruvienne en licence de Sciences politiques et à l’Académie de l’ESJ
Traduction: Emilie Boulanger