Écrit par Frédéric Foucaud

La Charité du Cuivre, roman pluriel, à l’image de la complexité d’une société cubaine aux multiples facettes, c’est d’abord une plongée dans un Cuba méconnu, celui de la Santeria et du Palo Monte, ces cultes venus d’Afrique imprégnant en profondeur la culture cubaine jusque dans la vie quotidienne d’une grande partie de sa population, sans que l’étranger découvrant le pays en puisse rien soupçonner, parfaitement ignorant du pourquoi de ces gens vêtus tout de blanc, déambulant de ci de là en arborant leurs colliers de perles multicolores dans les rues de La Havane, autant que de la signification des petites statuettes  de ciment aux yeux en coquillages dans leur écuelle de terre cuite, nanties d’un cigare et de quelques pièces de monnaie, disposées derrière la porte de bien des demeures de la grande île, ou encore de ces étranges échoppes vendant toutes sortes d’articles à l’utilité improbable aux yeux du commun des mortels.

La Charité du Cuivre, le roman amoureux du Cuba occulté

© Daniel Sessler

C’est bien sûr avant tout le roman d’un amoureux de Cuba et du peuple cubain, longtemps vice-président d’une ONG française de coopération avec l’île, qui, venu au départ pour des motifs liés à ses activités politiques parisiennes, a eu un tel coup de foudre pour le pays qu’il y a séjourné plus de soixante fois au long de seize années, le sillonnant d’Est en Ouest en quête d’antiquités et de sites de plongée, partageant sa vie avec une belle santera, qui le fit assister à maintes cérémonies, cajones, tambores et autres messes spirituelles organisés par sa famille de religion, de ces petits groupes de dévôts organisés autour d’un parrain et d’une marraine, dans ces religions dépourvues de clergé.

La charité du cuivre, au-delà d’une évocation sans fard de ces étrangers venus en quête d’amour facile et tarifé, est une vibrante histoire d’amour et de rédemption, celle de Jules, le héros malgré lui, le communiste désabusé, qui, ayant abandonné sur une méprise son Aitana tant aimée, porte sur les épaules le poids d’une infinie culpabilité dont seules les plus terrifiantes épreuves pourront peut-être le libérer au terme de l’accomplissement  d’un rude parcours initiatique, ponctué de doutes et de remises en cause incessantes, que seule sa passion amoureuse intacte lui permettra de surmonter.

La Charité du Cuivre, le roman amoureux du Cuba occulté

© Persnickety Prints

C’est enfin une peinture sans concession du quotidien des cubains, soumis aux privations, aux pénuries, aux tracasseries administratives et policières, à l’absurdité et à l’illogisme de mille démarches obligées, mais aussi, surtout, un hommage appuyé à leur extraordinaire résilience, à leur humour indomptable, « a pesar de todo »,  et à cet attachement viscéral à leur patrie qui les caractérise, illustré avec force par le déchirement de ces exilés, ces « destierrados » comme l’expression castillane l’exprime si pertinemment, qui, bien qu’ayant obtenu le bien-être matériel, portent en eux comme une blessure secrète leur manque de la familiaridad, cette légèreté grave et chaleureuse qui imprègne là-bas le moindre des rapports humains et explique probablement en grande partie l’attachement viscéral des cubains de cœur comme de nationalité à ce pays à nul autre pareil.

Tant celui qui a eu l’occasion de visiter l’île que ceux qui n’ont pas encore eu cette chance goûteront le plaisir de retrouver ou de découvrir au fil du récit et des pérégrinations de Jules les lieux emblématiques de La Havane et de Santiago, de la Vieille Havane à La Lisa, en passant par le Vedado et Regla, avec ses joyaux Art Déco, jusqu’à la Casa de la Musica et celle de la Trova, ces temples de la Salsa et du Son cubano, sans oublier la basilique del Cobre, haut lieu du syncrétisme s’il en est, et seront encouragés à y aller ou y retourner sans tarder, avant que l’inévitable transition jusqu’ici toujours repoussée ne livre aux bulldozers une grande partie de cette Havane terriblement romantique dans le délabrement de ses plus que beaux restes, cette bulle de temps unique en son genre surgie des années 50, et ne fasse disparaître à jamais au passage une douceur de vivre unique, a pesar de todo

La Charité du Cuivre, le roman amoureux du Cuba occulté

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Frédéric Foucaud

Frédéric Foucaud