Inès SAADA et Louis NURDIN, étudiants de troisième année à Sciences Po Grenoble
Sous la direction de BERRAKAMA Sonia, professeure agrégée d’espagnol à Sciences Po Grenoble
En 2022, les Nations Unies ont ouvert une nouvelle décennie d’étude, la décennie des langues indigènes, qu’ils ont nommée “Il n’y a rien pour nous sans nous”. Le titre du projet illustre l’importance des peuples indigènes dans le monde. Comme l’ont démontré des ONG de lutte pour l’environnement, comme WWF, la préservation du mode de vie de ces peuples ancestraux est importante pour continuer à vivre en osmose avec la nature et pour protéger l’environnement. Pendant cette conférence, on a mis en avant l’importance des langues indigènes afin de pouvoir préserver leurs idées et modes de vie. Aujourd’hui en Amérique Latine peu de dialectes indigènes sont préservés, et certains sont même en train de disparaître, à cause de la mondialisation et du manque de transmission aux jeunes générations.
Au vu des récents projets du pays pour empêcher la disparition de ses langues indigènes, nous avons décidé de nous concentrer sur la situation de l’Équateur, et sa lutte pour conserver la variété de ses dialectes ancestraux.
© Terra Ecuador
I – La situation actuelles des langues indigènes en Équateur : Une richesse culturelle en danger
Selon les chiffres officiels du gouvernement, en Équateur, il existe 14 langues indigènes, qui appartiennent chacune à 14 communautés différentes. Celles-ci représentent 7% de la population totale du pays. Les langues les plus parlées sont le Shuar et le Qhishwa, avec respectivement 58.770 et 538.449 usagers en 2022.
Toutes ces langues sont en danger. Dans le cas du Quechua et du Shuar, les usagers de ces langues sont encore nombreux, mais on été réduits de moitié entre 2010 et 2022. D’autres langues sont parlées par très peu de personnes, comme le Paicoca avec seulement 580 usagers en 2022.
L’extinction des langues ancestrales dont souffre le pays est visible dans les témoignages des équatoriens, qui changent selon leur âge.
Jaime, 51 ans, Salamanque, Espagne
“Même si je vis en Espagne depuis de nombreuses années, je continue à parler le Quechua avec mes frères. C’est un héritage qui est très important pour nous.
Je viens d’un village proche de Quito et quand on était petits, dans toutes les familles on nous apprenait avec fierté à parler la langue de nos ancêtres.”
Zayri, 26 ans, Quito, Équateur
“Je n’ai jamais parlé le Quechua avec ma famille. J’ai appris quelques phrases basiques parce que c’était une matière obligatoire à l’école primaire à Quito. Mais en fait je le parle comme si j’avais appris le latin, j’ai appris quelques mots mais je suis incapable de le parler couramment comme les plus vieux.”
© Terra Ecuador
II- Les premières initiatives pour préserver les langues indigènes : un échec cuisant ?
Face au risque d’extinction des langues indigènes, de nombreuses initiatives ont été mises en place afin d’assurer leur protection. Située dans la région du Tungurahua, l’école publique Chibuleo a été la première à mettre en place des cours en Quechua, dès 1985. Cette école garantit une éducation bilingue, en espagnol castillan et en Quechua, pour maintenir l’utilisation du Quechua et que “les nouvelles générations n’oublient pas d’où elles viennent”. Au niveau institutionnel, la Constitution a été changée en 2008, et on y a ajouté la reconnaissance du Quechua et du Shuar comme langues officielles de relation interculturelle. Au sein de la Constitution est mise en avant la responsabilité de l’État à garantir une éducation interculturelle bilingue, par l’inclusion progressive d’au moins une langue ancestrale au sein du cursus scolaire. Les langues, les dialectes et la tradition orale sont inclus au sein du patrimoine culturel. Il a été aussi affirmé que l’État a la responsabilité de protéger et de promouvoir la richesse linguistique qui définit l’identité plurinationale et pluriculturelle de l’Équateur.
Pour autant, comme nous l’avons vu dans le témoignage de Zayri, ces initiatives n’ont pas été suffisantes pour conserver un usage fluide des langues indigènes.
© Aula Intercultural
III- Prise de conscience : programmes à l’échelle internationale, régionale et nationale pour préserver les langues indigènes
En 2007, les Nations Unies ont adopté une déclaration qui fixe les droits des peuples indigènes et les normes pour leur reconnaissance, leur survie et leur bien être. Il s’agit ici surtout de droits culturels, d’identité, éducatifs, de santé et de langues. Avec cette base normative internationale, des plans concrets se développent pour préserver les langues indigènes.
En 2021, l’Institut ibéro américain des langues indigènes a été créé avec l’objectif de promouvoir et développer l’usage des langues indigènes en Amérique Latine.
Le projet englobe une dimension plus large, avec la préservation des langues indigènes comme un moyen de survie des peuples indigènes et de l’environnement . Actuellement, dix pays font partie de l’institut, dont l’Équateur.
Au niveau national, le “Plan décennal de revitalisation et valorisation de l’usage des langues”, qui a été initié en 2023, marque un moment clé dans l’engagement de l’Etat équatorien dans la préservation des langues indigènes. Par une forte prise de conscience, l’Etat propose 7 objectifs adaptés à la société actuelle pour essayer, du mieux possible, de sauvegarder et revitaliser l’usage des langues indigènes, dans les villages comme dans les grandes villes.
© Terra Ecuador
Conclusion
Ainsi, nous pouvons observer une prise de conscience autour de la protection de l’usage des langues indigènes à l’échelle internationale et nationale, à travers la création de plusieurs programmes. Cependant, il est pour le moment encore trop tôt pour observer les résultats de ces programmes qui ont été créés il y a peu de temps et qui ont généralement comme horizon 2030 pour atteindre leurs objectifs. Il faudra donc être attentif au déroulement de ces programmes pour mesurer leur impact sur la préservation des langues et du patrimoine indigène en Équateur.

Inès SAADA et Louis NURDIN
Étudiants de troisième année à Sciences Po Grenoble