CHABANEL Lou et BOMPAS Mathilde, étudiantes de troisième année à Sciences Po Grenoble

Sous la direction de BERRAKAMA Sonia, professeure agrégée d’espagnol à Sciences Po Grenoble

Les Selknam, histoire d'un peuple disparu

 Le peuple indigène de la Patagonie, terre de feu

Ils étaient grands, élancés et musclés, car ils poursuivaient leurs proies à pied. Les hommes chassaient principalement les guanacos pour se nourrir et les renards pour leurs peaux, tandis que les femmes s’occupaient des huttes et élevaient les enfants.

Les Selknam, histoire d'un peuple disparu

© CorreosChile

Ils avaient une culture riche, avec de nombreuses croyances. Cependant, le système dans lequel vivaient les Selknams était patriarcal et se maintenait grâce à des rites traditionnels. Selon le site memoriachilena.gob, la cérémonie du Hain est la plus significative à cet égard. D’une part, c’était le moment où les adolescents devenaient des hommes. Ils étaient appelés kloketen (nom donné aux jeunes qui participaient à la cérémonie) et entamaient un processus d’un à deux ans, au cours duquel ils apprenaient à chasser et à subvenir aux besoins d’une famille, tout en affrontant plusieurs épreuves. D’autre part, c’était aussi un moyen de perpétuer la domination sur les femmes et le système patriarcal. En effet, à la fin de la cérémonie du Hain, les hommes étaient obligés de « démasquer » Shoort, un homme du clan déguisé en esprit anonyme qui terrorisait les femmes et les enfants lorsqu’ils ne respectaient pas l’autorité masculine. Lorsque le jeune démasquait cet homme, il découvrait qu’il s’agissait simplement d’un autre membre de son clan et comprenait que les esprits n’existaient pas. Ainsi, ce secret, gardé entre les hommes, assurait leur domination (selon laderasur.com).

De plus, la culture Selknam était empreinte de spiritualité et de légendes. Les chamans, appelés xo’on, étaient chargés de guérir les maladies. On croyait qu’ils étaient dotés de pouvoirs surnaturels qu’ils exerçaient au bénéfice de leur groupe grâce à la médiation d’un esprit appelé Wai Uwin, et ils veillaient à préserver les traditions. Pour cette raison, ils jouissaient d’un grand pouvoir au sein de la société selknam, comme le mentionne le Musée Maritime et du Presidio d’Ushuaïa dans sa vidéo intitulée “Los Selknam”.

De même, parmi leurs nombreuses croyances, les Selknams pensaient que toutes les plantes et les animaux étaient la réincarnation de leurs ancêtres, et les légendes occupaient une place importante dans leur vie quotidienne, comme celle de Kren et Kreen, le soleil et la lune. Par le passé, la société selknam était dominée par les femmes. Celles-ci peignaient leurs corps et se déguisaient en esprits afin d’inspirer la peur aux hommes. Cependant, un jour, Kreen révéla la ruse des femmes, et les hommes les expulsèrent de leur position de pouvoir. Pourtant, Kren, l’épouse de Kreen, refusa de céder. Kreen chercha Kren pendant longtemps, jusqu’à ce que Temaukel, le dieu créateur de tout, décrète que cette quête durerait pour l’éternité. Ainsi, Kreen prit dans le firmament la forme du soleil, et Kren celle de la lune. Depuis, ils se poursuivent éternellement, de jour comme de nuit, en tant que soleil et lune.

Comme cet exemple le montre, les légendes étaient au cœur de la vie spirituelle de ce peuple.

Les Selknam, histoire d'un peuple disparu

© Office de tourisme du Chili 

Les Européens et les Selknams

Que s’est-il passé avec les Selknams ? Comment ont-ils disparu ? En novembre 1520, le célèbre explorateur Magellan aperçut des colonnes de fumée sur la terre lors de son expédition. Curieux, il débarqua et rencontra un peuple qu’il n’avait jamais vu auparavant. Il captura deux d’entre eux pour les emmener en Espagne, et à partir de ce moment, la tranquillité de la vie des Selknams prit fin à jamais.

À la fin du XIXe siècle, les colons arrivèrent en Patagonie et s’y installèrent pour développer des élevages de moutons. Les Selknams commencèrent à résister, car ils furent privés de leurs territoires de chasse. Par exemple, ils volaient des moutons dans les grandes exploitations, ce qui leur permettait de se nourrir. Cependant, leur révolte fut violemment réprimée par les éleveurs, qui les assassinèrent en échange de récompenses ou les déportèrent sur l’île Dawson, confiée à l’ordre salésien.

Malheureusement, la plupart des survivants de cette mission moururent de la tuberculose. Ainsi, tandis qu’en 1880 la population Selknam était estimée entre 3 500 et 4 000 personnes, en 1930, il n’en restait plus que 100[2].

Son héritage dans le Chili actuel

La population selknam native n’existe plus aujourd’hui, contrairement aux Mapuches. Il ne reste que des descendants métissés, et il n’y a plus de locuteurs natifs de la langue selknam. Cependant, l’histoire tragique des Selknam est connue dans tout le Chili et l’Argentine. Dans le cadre du mouvement politique et social de reconnaissance et de réparation des peuples autochtones, le Chili a reconnu les descendants du peuple Selknam, par la loi 21.606 du 11 octobre 2023, comme l’un des principaux peuples autochtones du pays.

De plus, on peut voir des statues représentant les Selknam et de petites légendes dans les magasins touristiques de Patagonie. Autrefois, au sein de la population chilienne, il était cru que les Selknam étaient des esprits qui punissaient ou effrayaient les hommes, les femmes et les enfants, bien que cette croyance soit de moins en moins courante parmi les générations plus jeunes (selon le témoignage d’un Chilien de 23 ans qui a vécu avec nous pendant notre année d’échange au Chili, 2023-2024).

L’histoire de ce peuple risque de se perdre, car il reste peu de descendants et la culture ne se perpétue plus aujourd’hui : elle n’existe que dans les récits historiques.

Peut-être qu’une grande organisation comme l’UNESCO pourrait aider à préserver ce qu’il reste de cette culture en soutenant les derniers descendants dans leur processus d’affirmation ethnique, répondant ainsi au désir de la communauté de sauvegarder et transmettre l’héritage de leurs ancêtres.



CHABANEL Lou, BOMPAS Mathilde

CHABANEL Lou, BOMPAS Mathilde

Étudiantes de troisième année à Sciences Po Grenoble