La maison de Maria Amaral et Jean Philippe Elantkowsky à Champigny est une représentation vivante d’art et de créativité, presque un musée, après tant de travail pour transformer une ancienne boulangerie en atelier d’art, foyer et lieu de rencontres. Dans cet immense espace se tiennent la main, chaque jour, différentes cultures et modes d’expression de deux artistes plasticiens renommés qui n’hésitent pas à ouvrir les bras au monde entier.
« Todo Tango », une rétrospective de l’artiste franco-argentine réalisée à la galerie de l’Ambassade d’Argentine à Paris, est un témoignage clair de la valeur artistique de Maria Amaral, mais résume aussi sa vie d’exil et de passion. Dans ce nouvel événement, nous avons fait un tour des œuvres de l’artiste sur le tango, depuis les années 80 jusqu’à nos jours, avec environ 25 tableaux sélectionnés parmi plusieurs centaines qu’elle a peints sur la danse, la musique et toujours l’amour.
Artiste et femme
Née en 1950 à Buenos Aires, de parents des îles Canaries qui ont fui la persécution infâme du dictateur Franco qui a suivi la guerre civile espagnole. Elle est revenue de ce côté du monde en 1967 avec sa famille, cette fois en France. Elle a suivi les cours à l’Ecole des beaux-arts de Paris et aussi à Strasbourg.
Femme, mère, grand-mère et peintre, énergie vivace, se croisent dans sa maison de la Région parisienne avec différentes dimensions superposées tandis qu’elle éparpille les couleurs et les saveurs d’une gastronomie canarienne, latino-américaine, africaine et européenne, entremêlées sans pause.
Son parcours d’artiste est aussi un parcours militant de défense des droits humains : loin des mouvements esthétiques de l’époque, elle a embrassé avec passion la réalité et la description de l’âme latino-américaine et de son métissage.
Ainsi, Maria se souvient avec une certaine satisfaction de ces années où l’art lui a permis d’aider des réfugiés en leur fournissant des documents indispensables, au sein d’une organisation poursuivie par la loi, ce qui lui a valu six mois de prison, mais, au fil du temps, une reconnaissance officielle de la France pour son travail.
Nostalgia, huile sur toile 1998, collection personnelle
Avec des œuvres où l’expressivité et la couleur ont acquis une plus grande présence ces dernières années, dans laquelle Maria souligne l’originalité et la liberté artistique. Dans ses premières décennies de création, les œuvres en noir et blanc ont prédominé, représentatives d’une étape exclusivement consacrée à la défense des droits humains.
L’artiste peintre, en constante évolution, s’est plongée dans différents motifs et techniques picturales qu’elle a souvent exposés, tant collectivement qu’individuellement, dans plusieurs pays.
« Après avoir peint pendant plus de 50 ans tous les thèmes, des années noires aux années de la rencontre, de la lutte, de l’amour… j’ai toujours envie de danser un tango sur une toile ou un papier et je pense que la musique est la seule chose que je n’ai pas oubliée ! », souligne Maria.
Noche de tango, Huile sur toile 2014
En dehors de la France, l’une des dernières grandes expositions, en 2023, a été le retour à sa terre d’origine, où ses parents sont nés, dans les îles Canaries. Elle a été reçue avec les honneurs dans l’incomparable Lycée Taoro, invitée par la mairie de la Villa de La Orotava et par l’ancien eurodéputé canarien Isidoro Sánchez et a reçu un accueil chaleureux du public. Elle a également présenté son livre « La passagère clandestine », qui partage les détails très intéressants de sa biographie curieuse et passionnante.
Par la fusion des corps et des visages Maria transmet le geste éternel du couple, l’étreinte et le mystère de la passion… son mode de vie.
Milonga de noche, Huile sur toile 2013

Patricia Almirón Cairoli
Journaliste
Traduction : Claudia Oudet